Gérer les colères de son enfant de 2 ans (terrible two)
La conduite qui fonctionne pendant une colère de 2 ans tient en trois gestes : sécuriser, se taire, rester. Pas argumenter, pas négocier, pas punir. Ce n'est pas de la permissivité, c'est de la physiologie : à cet âge, les zones du cerveau capables de freiner une émotion forte ne sont pas encore matures, et un enfant en pleine crise n'entend littéralement plus ce que vous lui expliquez. Ce que l'on appelle le « terrible two » n'est donc pas une phase de désobéissance, mais le moment où un tout-petit découvre qu'il est une personne à part entière — et se heurte partout à ses propres limites.
Pourquoi les colères explosent vers 2 ans
En crèche, on voit toujours le même basculement autour du deuxième anniversaire : un enfant jusque-là plutôt « facile » se met à hurler pour une chaussure, pour un gobelet bleu au lieu du rouge, pour une banane qu'on a eu le malheur d'éplucher à sa place. Trois transformations arrivent en même temps, et c'est leur collision qui produit les crises.
1. Il découvre qu'il est « quelqu'un »
Autour de deux ans, l'enfant comprend qu'il est une personne distincte de vous, avec ses propres envies. C'est une étape magnifique — et épuisante, parce que la première façon d'affirmer qu'on existe, à deux ans, c'est de dire non. Ce « non » n'est pas dirigé contre vous : il sert à se sentir exister.
2. Ses envies dépassent largement ses moyens
Il veut mettre ses chaussures seul mais ses doigts n'y arrivent pas. Il veut porter le verre plein mais il le renverse. Il veut expliquer une idée compliquée avec vingt mots de vocabulaire. Cet écart entre l'intention et la capacité est une frustration permanente, et à cet âge la frustration n'a qu'une sortie : le corps.
3. Son cerveau ne sait pas encore freiner
Les fonctions qui permettent d'inhiber une impulsion, d'attendre, de se calmer volontairement se construisent lentement pendant toute l'enfance. À deux ans, elles sont à peine ébauchées. Votre enfant ne refuse donc pas de se calmer : il n'en est pas encore capable. C'est la différence essentielle, et elle change tout.
Que faire pendant la crise, minute par minute
Voici la séquence que nous utilisons en collectivité, et qui se transpose telle quelle à la maison.
Étape 1 — Sécuriser (5 secondes)
Le premier réflexe n'est pas éducatif, il est matériel : écartez le coin de table, la chaise, l'objet dur, l'escalier. Un enfant en crise se jette en arrière, tape, se cogne. S'il est dans un lieu dangereux ou trop stimulant, portez-le ailleurs sans commentaire — pas comme une punition, comme une mise en sécurité.
Étape 2 — Descendre à sa hauteur et se taire
Asseyez-vous ou accroupissez-vous près de lui, à un mètre environ s'il ne supporte pas le contact. Et surtout : parlez le moins possible. Chaque phrase supplémentaire ajoute de la stimulation à un système déjà saturé. Le silence d'un adulte calme est le message le plus rassurant que vous puissiez envoyer.
Étape 3 — Une seule phrase, très courte
Nommez ce qu'il vit, en cinq ou six mots maximum, sur un ton bas : « Tu es très en colère. » « C'est dur, je sais. » « Je reste là. » Répétez la même phrase si besoin plutôt que d'en inventer d'autres. Nommer l'émotion ne fait pas disparaître la crise sur le moment, mais c'est ainsi que, sur des mois, l'enfant apprend à mettre des mots sur ce qui le traverse.
Étape 4 — Attendre, sans céder ni argumenter
C'est la partie difficile. Si vous aviez dit non, le non tient : céder au pic de la crise apprend à l'enfant que crier plus fort finit par marcher. Mais tenir la limite ne veut pas dire la répéter vingt fois — vous l'avez dit une fois, cela suffit. Vous n'êtes pas là pour convaincre, vous êtes là pour rester.
Étape 5 — La retombée
Quand les sanglots deviennent saccadés et que le corps se relâche, proposez un contact : bras ouverts, main tendue, sans forcer. Beaucoup d'enfants ont besoin d'un long câlin juste après — ce n'est pas une récompense, c'est la réparation du lien. Puis on passe à autre chose. Pas de morale, pas de « tu as vu ce que tu as fait ». Le cerveau vient de traverser un orage : il n'est pas disponible pour une leçon.
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- Expliquer pendant la crise. « Tu comprends, on ne peut pas acheter des bonbons tous les jours parce que… » Non, il ne comprend pas : à ce moment précis, la partie de son cerveau qui écoute des raisonnements est hors service.
- Crier plus fort que lui. Cela augmente son niveau d'alerte et rallonge la crise. Et cela lui apprend que la façon de gérer une émotion forte, c'est de hurler — exactement ce qu'on essaie de désapprendre.
- Menacer de partir. « Je m'en vais, tu restes tout seul. » Très efficace sur le moment, cette phrase agit parce qu'elle terrorise — et elle attaque exactement ce dont il a besoin pour se calmer : la certitude que vous ne disparaissez pas.
- Punir la colère elle-même. Sanctionner une réaction que l'enfant ne sait pas encore contrôler, c'est punir un enfant de deux ans d'avoir deux ans. Depuis la loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019, l'article 371-1 du code civil précise d'ailleurs que « l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques » : fessées, humiliations et cris répétés ne sont ni légaux ni efficaces (source : legifrance.gouv.fr). La charte nationale pour l'accueil du jeune enfant dit la même chose côté professionnels : « l'usage de la violence, physique, verbale ou psychologique, n'est pas une méthode éducative » (arrêté du 23 septembre 2021).
- Céder au pire moment. Céder est parfois raisonnable — mais alors cédez avant la crise, pas à son sommet. Sinon, l'enfant apprend que le sommet est le bon endroit pour obtenir gain de cause.
- Faire un débriefing long après coup. Deux phrases suffisent, plus tard, à froid : « Tout à l'heure tu étais très en colère. La prochaine fois, tu pourras venir me chercher. » Le reste s'évapore.
Prévenir les colères : ce qui les fait diminuer vraiment
On ne supprime pas les colères d'un enfant de deux ans, on en réduit le nombre. Et ce qui les réduit n'a presque rien à voir avec la fermeté : cela tient au rythme, au langage et à la marge de décision.
- Le sommeil et la faim d'abord. Une écrasante majorité des crises éclatent en fin de matinée, en fin d'après-midi, ou dans l'heure qui suit une sieste ratée. Avant toute réflexion éducative, regardez l'heure.
- Annoncer les transitions. Le passage d'une activité à une autre est le déclencheur numéro un. « Encore deux tours de toboggan, et on met les chaussures. » Prévenir deux minutes avant évite plus de crises que n'importe quelle méthode.
- Offrir des choix fermés. Pas « qu'est-ce que tu veux mettre ? », mais « le pull bleu ou le pull vert ? ». Deux options, jamais plus. L'enfant obtient du pouvoir là où c'est sans conséquence, et il en réclame moins là où c'est non négociable.
- Laisser faire ce qu'il peut faire. Beaucoup de crises naissent d'un adulte pressé qui enfile la chaussure « pour aller plus vite ». Prévoir cinq minutes de plus coûte moins cher qu'une crise de vingt minutes. Ce principe d'autonomie motrice est au cœur de la motricité libre pratiquée en crèche.
- Donner du vocabulaire d'émotions. Plus un enfant a de mots pour dire « fâché », « déçu », « fatigué », moins il a besoin de son corps pour le dire. C'est le lien direct entre langage et comportement, et c'est aussi pourquoi un retard de langage s'accompagne souvent de plus de crises.
- Garder des règles stables. Une règle qui change selon la fatigue de l'adulte est une règle que l'enfant va tester tous les jours. La constance fatigue moins que la négociation permanente.
Les colères en public : la situation la plus dure
Au supermarché, ce n'est pas la crise qui est difficile, c'est le regard des autres. Et c'est précisément ce regard qui pousse les parents à faire les deux choses qui aggravent tout : céder pour que ça s'arrête, ou hausser le ton pour montrer qu'on « gère ».
La conduite la plus efficace est la même qu'à la maison, avec un ajustement : changez de lieu. Portez votre enfant vers un endroit plus calme — un rayon vide, l'extérieur, la voiture —, asseyez-vous, et laissez passer. Vous n'avez rien à prouver aux personnes autour de vous, et la plupart d'entre elles sont soit indifférentes, soit compatissantes. Si quelqu'un se permet une remarque, une phrase suffit : « Merci, on gère. »
Colères, morsures et coups : quelle différence ?
Beaucoup de crises s'accompagnent de gestes : taper, mordre, jeter, se cogner la tête. Ce sont des comportements fréquents à cet âge et ils ne sont pas le signe d'un enfant « violent ». En revanche, ils appellent une réponse différente de la colère elle-même : la colère, on l'accompagne ; le geste dangereux, on l'arrête physiquement, immédiatement, sans discours — on retient la main, on écarte de l'autre enfant, et on dit une phrase courte : « Je ne te laisse pas taper. » Nous détaillons cette conduite dans notre article « Mon enfant mord ou tape : comment réagir sans dramatiser ».
Une précision utile pour les parents dont l'enfant est en collectivité : les professionnels gèrent les mêmes situations toute la journée, avec les mêmes principes. Si votre enfant traverse une période de crises intenses, dites-le à l'équipe et demandez comment ils font — la cohérence entre la maison et la crèche est ce qui apaise le plus vite. C'est le sujet de notre article sur la gestion des conflits entre enfants en crèche.
Combien de temps ça dure
Les crises commencent vers 18 mois, culminent entre 2 et 3 ans, et s'espacent nettement quand le langage s'installe. L'indicateur de progrès n'est pas le nombre de crises, mais la vitesse de retour au calme : c'est elle qui s'améliore en premier.
Quand en parler à un médecin
Parlez-en au médecin qui suit votre enfant si les crises restent quotidiennes et très longues après 4 ans, s'il se blesse ou blesse régulièrement les autres, s'il ne se console jamais, ou si les colères s'accompagnent d'un retard de langage marqué ou d'un retrait relationnel. Consultez également — et c'est tout aussi important — si vous vous sentez à bout ou si vous vous surprenez à crier tous les jours. Ce n'est pas un aveu d'échec : c'est le moment où il faut de l'aide, et il en existe.
Ce qu'il faut retenir
Une colère de 2 ans est un orage neurologique, pas un rapport de force. Pendant : on sécurise, on se met à sa hauteur, on dit une phrase courte, on attend sans céder ni argumenter, et on rétablit le lien à la retombée. Avant : on surveille le sommeil et la faim, on annonce les transitions, on offre des choix fermés, on laisse l'enfant faire ce qu'il sait faire et on lui donne des mots. Ce qui marche n'est presque jamais spectaculaire — c'est un adulte calme, prévisible, qui ne s'en va pas.
Questions fréquentes
Pourquoi les colères commencent-elles vers 2 ans ?
Parce que trois choses arrivent en même temps : l'enfant découvre qu'il est une personne distincte et veut décider, ses envies dépassent largement ses capacités motrices et son vocabulaire, et les zones du cerveau qui permettent de freiner une émotion sont encore très immatures. La colère n'est donc pas un problème d'éducation : c'est le symptôme d'un décalage temporaire entre ce qu'il veut et ce qu'il peut.
Que faire pendant une crise de colère ?
Sécuriser d'abord (écarter ce qui peut blesser), se mettre à sa hauteur, parler très peu et très bas, nommer ce qu'il vit en une phrase courte, puis attendre sans négocier ni argumenter. Un enfant en pleine crise n'entend plus les explications. Quand la tension retombe, on propose un contact physique s'il l'accepte, on reste calme, et on ne fait pas de morale ensuite.
Faut-il punir une colère de 2 ans ?
Non. Punir une colère revient à sanctionner une réaction que l'enfant ne sait pas encore contrôler. Depuis la loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019, l'article 371-1 du code civil précise que l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ni psychologiques : les fessées, humiliations et cris répétés ne sont ni légaux ni efficaces. En revanche, poser une limite claire et la maintenir calmement est indispensable — limite et punition ne sont pas la même chose.
Combien de temps dure la période des colères ?
Les crises débutent en général autour de 18 mois, culminent entre 2 et 3 ans, puis s'espacent nettement à mesure que le langage s'installe, généralement au cours de la quatrième année. Elles ne disparaissent pas du jour au lendemain : elles deviennent plus courtes, moins violentes, et l'enfant se console de plus en plus vite tout seul.
Quand faut-il en parler à un médecin ?
Consultez si les crises sont très longues et quotidiennes après 4 ans, si l'enfant se blesse ou blesse les autres régulièrement, s'il ne se console jamais, si les colères s'accompagnent d'un retard de langage ou d'un retrait relationnel, ou si vous vous sentez vous-même à bout et craignez de perdre le contrôle. Le médecin de votre enfant est le premier interlocuteur, et il peut orienter vers un professionnel adapté.
Sources : loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires et article 371-1 du code civil — « l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques » (legifrance.gouv.fr) ; arrêté du 23 septembre 2021 portant création d'une charte nationale pour l'accueil du jeune enfant, principe 9 — « l'usage de la violence, physique, verbale ou psychologique, n'est pas une méthode éducative et a des conséquences sur le développement de l'enfant » (legifrance.gouv.fr) ; ameli.fr, dossier « Santé mentale de l'enfant » pour les repères d'alerte. Consultés le 10 août 2026. Cet article ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre enfant.
Pour aller plus loin
Les colères sont l'un des rares sujets où les parents se sentent jugés en permanence : par les regards au parc, par la belle-famille, parfois par eux-mêmes le soir venu. Notre guide « Mon enfant fait des colères » reprend les situations les plus fréquentes — le magasin, le coucher, l'habillage, la sortie du parc — avec, pour chacune, ce qu'on dit, ce qu'on ne dit pas et comment tenir sans s'épuiser. Vous le retrouverez sur notre page consacrée aux colères de l'enfant, et le Kit Découverte vous en donne plusieurs en entier, gratuitement.
Objectif Petite Enfance
