Chers Parents · Défis du quotidien

Les écrans avant 3 ans : ce que disent les recommandations

Lecture : 11 min · Objectif Petite Enfance
Mains d'un jeune enfant qui empile des cubes en bois colorés assis sur un tapis, activité sans écran

La règle est aujourd'hui claire, et elle a changé de nature récemment : avant 3 ans, pas d'écran. Ce qui n'était qu'une recommandation depuis 2021 est devenu une interdiction dans tous les lieux d'accueil du jeune enfant — crèches, micro-crèches, assistantes maternelles — depuis l'arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel le 2 juillet et entré en vigueur le 3 juillet 2025. À la maison, la loi ne s'impose pas aux parents, mais la logique reste la même : à cet âge, l'exposition aux écrans, même brève, a des effets négatifs documentés sur le développement du langage, de la motricité fine, de l'attention et du sommeil. Une seule exception admise : l'appel vidéo avec un proche éloigné.

Ce que disent exactement les recommandations officielles

Il y a trois textes à connaître, et ils disent tous la même chose avec une force croissante.

La charte nationale pour l'accueil du jeune enfant (2021, modifiée en 2025)

Le texte de 2021 indiquait qu'« il n'est pas recommandé de laisser un enfant de moins de trois ans devant un écran (smartphone, tablette, ordinateur, télévision) compte tenu des risques pour son développement ». L'arrêté du 27 juin 2025 a remplacé cette phrase par : « il est interdit d'exposer un enfant de moins de trois ans devant un écran (smartphone, tablette, ordinateur, télévision) compte tenu des risques pour son développement » (source : arrêté publié au JO le 2 juillet 2025, info.gouv.fr).

Concrètement, dans le lieu où votre enfant est accueilli, cela veut dire : pas de dessin animé pour occuper le groupe pendant le temps calme, pas de télévision allumée en fond, pas de téléphone tendu à un enfant qui pleure. Si vous voyez le contraire, vous êtes en droit d'en parler à la direction : ce n'est plus une question de projet pédagogique, c'est une règle.

Le rapport « Enfants et écrans » (avril 2024)

Remis au président de la République en avril 2024 par une commission d'experts, ce rapport a formulé 29 propositions graduées par âge. Pour les plus jeunes, elles sont sans ambiguïté : aucune exposition avant 3 ans, usage déconseillé jusqu'à 6 ans (ou alors limité, occasionnel, avec des contenus éducatifs et toujours en présence d'un adulte), puis exposition modérée et contrôlée à partir de 6 ans. Le rapport rappelle aussi qu'un usage excessif ou mal encadré peut entraîner des troubles du sommeil et de la vision, une sédentarité accrue et, à terme, une prise de poids.

Ce qu'en dit l'Assurance Maladie

Dans sa fiche mise à jour le 17 juillet 2025, ameli.fr précise que l'exposition aux écrans, même brève, a des effets négatifs sur le développement relationnel, affectif, intellectuel et neurologique de l'enfant, et liste les domaines concernés : la motricité fine, le langage, l'autonomie, la mémoire et l'attention, le sommeil, et la santé physique par le manque d'activité. Elle ajoute une consigne très pratique : ne pas mettre un bébé devant un écran pour le calmer, la seule exception étant l'appel vidéo avec des membres de la famille éloignés géographiquement (source : ameli.fr, 17 juillet 2025).

Le repère simple à retenir : avant 3 ans, l'enfant apprend en manipulant, en bougeant et en interagissant avec un visage humain. Un écran ne fournit aucune des trois choses. Ce n'est pas le contenu qui pose problème, c'est le format.

Pourquoi les écrans posent problème avant 3 ans

La question qu'on nous pose le plus souvent en crèche n'est pas « est-ce interdit ? » mais « pourquoi, concrètement ? ». Voici ce qui se joue.

Le langage s'apprend dans l'échange, pas dans l'écoute

Un tout-petit n'apprend pas à parler en entendant des mots : il apprend en participant à un aller-retour. Il émet un son, un adulte répond, il regarde une bouche bouger, il voit qu'on suit son regard vers l'objet dont on parle. Un écran diffuse des mots mais ne répond pas, ne suit pas son regard, ne s'adapte pas à son rythme. Le temps passé devant un écran est donc, très directement, du temps soustrait à ce qui fabrique le langage.

Le corps est l'outil d'apprentissage principal

Avant 3 ans, comprendre le monde passe par les mains, la bouche, l'équilibre, la manipulation. Un enfant qui empile des cubes apprend simultanément la gravité, la persévérance, la coordination œil-main et la frustration. Devant un écran, il regarde, mais il ne fait rien — et c'est le faire qui construit. La charte nationale le formule ainsi : « L'enfant a besoin d'interagir avec son environnement, d'utiliser ses cinq sens et d'être en mouvement. »

L'attention conjointe est court-circuitée

L'écran capte l'attention de manière très efficace — c'est précisément pour cela qu'il « marche » quand on veut un moment de calme. Mais cette capture n'est pas de la concentration : c'est une captation passive. L'attention volontaire, celle qui permettra plus tard de rester sur une tâche difficile, se construit au contraire dans des activités lentes, un peu ennuyeuses, où l'enfant doit s'accrocher tout seul.

Le sommeil est le premier à trinquer

La lumière et la stimulation retardent l'endormissement et fragmentent les nuits. Et un enfant qui dort mal est un enfant plus irritable, plus difficile à consoler, qui fait plus de crises de colère — ce qui pousse à ressortir l'écran pour l'apaiser. Le cercle se referme vite.

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Et la télévision allumée en fond ?

C'est le point aveugle de la plupart des familles, et il compte autant que le temps d'écran direct. Une télévision allumée dans la pièce, même si personne ne la regarde, modifie la façon dont les adultes parlent : les phrases deviennent plus courtes, les échanges s'interrompent, on répond avec un temps de retard. Et l'enfant, lui, lève les yeux toutes les quelques secondes vers l'écran, ce qui fragmente son jeu.

Le geste le plus efficace de tout cet article est aussi le plus simple : éteindre l'écran quand personne ne le regarde vraiment. Cela ne coûte rien, ne prive l'enfant de rien, et rend immédiatement l'ambiance sonore de la maison plus calme.

Et le téléphone du parent ?

C'est la question que personne n'aime, et il faut pourtant la poser : un enfant de moins de 3 ans est autant affecté par votre écran que par le sien. Un adulte qui consulte son téléphone pendant le repas, pendant le bain, pendant le trajet en poussette est un adulte momentanément indisponible — le regard ailleurs, les réponses en décalage. L'Assurance Maladie le rappelle explicitement : ne pas utiliser d'écran lorsqu'on est en communication avec son enfant, parce que cela empêche de capter ses émotions et d'interagir avec lui.

Personne ne demande la perfection. Mais deux ou trois plages franchement sans téléphone — le repas, le bain, le coucher — changent beaucoup plus de choses qu'un contrôle strict du temps d'écran de l'enfant.

Ce qui aide vraiment, en pratique : décidez à l'avance des moments sans écran plutôt que d'essayer de « faire attention ». Le repas, le trajet, le bain, l'heure qui précède le coucher. Une règle décidée une fois se tient beaucoup mieux qu'une vigilance permanente.

Que faire à la place, concrètement

Le vrai sujet, quand on retire un écran, c'est le trou qu'il laisse : le moment où il faut préparer le dîner, le trajet en train, la salle d'attente. Voici ce qui fonctionne réellement avec des enfants de 1 à 3 ans, testé en collectivité comme à la maison.

Vous trouverez d'autres idées détaillées, classées par âge, dans notre article sur l'éveil de bébé et les jeux de 0 à 3 ans, ainsi que dans celui consacré à la motricité libre, qui explique pourquoi laisser un enfant explorer seul au sol est une activité à part entière.

Comment sortir d'une habitude déjà installée

Si l'écran fait déjà partie du quotidien, le retirer d'un coup provoque en général une semaine difficile. La méthode qui tient consiste à procéder en trois temps.

1. Supprimer d'abord les usages « bouche-trou ». Le téléphone pour calmer une crise, la vidéo au restaurant, le dessin animé dans la poussette. Ce sont ceux qui créent le réflexe, et ce sont les plus faciles à remplacer par autre chose.

2. Ritualiser ce qui reste, puis le réduire. S'il reste un moment d'écran, qu'il soit toujours au même moment, court, annoncé à l'avance et terminé par un signal clair (« encore une chanson et on éteint »). Un usage prévisible est infiniment plus facile à réduire qu'un usage aléatoire.

3. Tenir les trois premiers jours. Les protestations sont maximales au début puis chutent rapidement, à condition que l'adulte ne rouvre pas la porte une fois sur deux. C'est l'irrégularité qui prolonge la bataille, pas la fermeté.

Ce qu'il faut retenir

Avant 3 ans, la recommandation officielle est simple : pas d'écran, et c'est désormais une interdiction dans tous les lieux d'accueil du jeune enfant depuis le 3 juillet 2025. À la maison, l'objectif n'est pas la perfection mais la cohérence : éteindre la télévision quand personne ne la regarde, ne jamais utiliser l'écran pour calmer, protéger quelques moments clés sans téléphone — le vôtre compris — et remplacer le temps d'écran par du transvasement, des livres, des objets du quotidien et un peu d'ennui. Ce que l'enfant y gagne n'est pas moral : c'est du langage, de la motricité et du sommeil.

Questions fréquentes

Les écrans sont-ils interdits avant 3 ans ?

Depuis l'arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel le 2 juillet et entré en vigueur le 3 juillet 2025, il est interdit d'exposer un enfant de moins de trois ans devant un écran dans tous les lieux d'accueil du jeune enfant : crèches, micro-crèches, assistantes maternelles, salariés à domicile. À la maison, la loi ne s'impose pas aux parents, mais la recommandation reste la même : pas d'écran avant 3 ans.

Pourquoi les écrans sont-ils déconseillés avant 3 ans ?

Parce qu'à cet âge l'enfant apprend en manipulant, en bougeant et en échangeant avec un visage humain, et qu'un écran ne fournit aucune de ces trois choses. Selon ameli.fr, l'exposition, même brève, a des effets négatifs sur le développement relationnel, affectif, intellectuel et neurologique, et peut retentir sur la motricité fine, le langage, l'autonomie, la mémoire, l'attention, le sommeil et la santé physique.

Les appels vidéo avec la famille comptent-ils ?

Non, c'est la seule exception admise par l'Assurance Maladie : l'appel vidéo avec des membres de la famille éloignés géographiquement reste possible. La différence est essentielle — dans un appel vidéo, l'interlocuteur répond, s'adapte au rythme de l'enfant et suit son regard, ce qui en fait un vrai échange et non une consommation passive.

La télévision allumée en fond, est-ce grave ?

Elle compte autant que le temps d'écran direct. Une télévision allumée dans la pièce, même si personne ne la regarde, raccourcit les phrases des adultes, interrompt les échanges et fragmente le jeu de l'enfant qui lève les yeux toutes les quelques secondes. Éteindre l'écran quand personne ne le regarde vraiment est le geste le plus simple et le plus efficace.

Que faire à la place d'un écran quand on a besoin de dix minutes ?

Associer l'enfant à votre activité plutôt que l'occuper à côté : un saladier et une cuillère en bois pendant que vous cuisinez. Sinon, un panier d'objets du quotidien renouvelé régulièrement, du transvasement d'eau ou de riz entre deux récipients, un imagier cartonné. Pour les trajets et les salles d'attente, une pochette sortie uniquement dans ces moments-là fonctionne très bien.

Sources : arrêté du 27 juin 2025 modifiant la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant, publié au Journal officiel le 2 juillet 2025 et entré en vigueur le 3 juillet 2025 — remplacement de « il n'est pas recommandé » par « il est interdit d'exposer un enfant de moins de trois ans devant un écran » (legifrance.gouv.fr, info.gouv.fr) ; arrêté du 23 septembre 2021 portant création de la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant, principe 2 (legifrance.gouv.fr) ; rapport de la commission d'experts « Enfants et écrans », remis au président de la République en avril 2024 — 29 propositions graduées par âge ; ameli.fr, « Comment adapter l'usage des écrans à l'âge de l'enfant ou de l'adolescent ? », mise à jour du 17 juillet 2025. Consultés le 10 août 2026. Cet article ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre enfant.

Pour aller plus loin

Retirer les écrans est facile à dire et difficile à tenir, parce que la vraie question n'est jamais « faut-il ? » mais « et je fais quoi à 18 h 30, seule, avec le dîner à préparer ? ». Nos guides parents 0-6 ans répondent à cette question-là : des activités calées sur les vrais moments de la journée, âge par âge, avec le matériel qu'on a déjà chez soi. Vous les retrouverez sur notre page des guides parents 0-6 ans, et le Kit Découverte vous en donne plusieurs en entier, gratuitement.

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