Comment faire une bonne transmission en crèche
Réponse directe : une bonne transmission en crèche est factuelle, brève et utile à celui qui prend le relais. Elle suit toujours la même trame : l'enfant concerné, les faits observés (repas, sommeil, change, état général, événement particulier) avec des données précises — quantités, durées, heures —, sans jugement ni interprétation, transmis au bon moment et au bon interlocuteur, à l'oral et à l'écrit. « A. a bu 180 ml à 11 h 30, a dormi 1 h 45, selles normales au change de 15 h, gai toute la journée » : voilà une transmission. « Il a été sage » n'en est pas une. Méthode complète, trame en cinq points et exemples rédigés ci-dessous.
À quoi servent les transmissions en crèche (et pourquoi on les évalue)
La transmission est le fil qui relie les professionnelles entre elles, l'équipe aux parents, et une journée à la suivante. Elle assure quatre fonctions vitales :
- La continuité de l'accompagnement : l'enfant est confié successivement à plusieurs adultes ; sans transmission, chacun repart de zéro. Savoir qu'un bébé a peu dormi le matin change la lecture de ses pleurs de l'après-midi.
- La sécurité : température relevée, appétit inhabituel, chute même bénigne, traitement en cours — ces informations doivent circuler sans se déformer ni se perdre. C'est sur elles que reposent la surveillance et, parfois, la décision d'alerter.
- La traçabilité : ce qui est écrit fait référence. Les supports de transmission de la structure permettent de reconstituer la journée d'un enfant, ce qui protège l'enfant comme l'équipe.
- La confiance des familles : le soir, une transmission précise et vivante montre aux parents que leur enfant a été réellement regardé — pas seulement gardé.
C'est aussi une compétence certifiée : le référentiel du diplôme d'État consacre un module entier au traitement des informations et aux transmissions (module 9), et la capacité à transmettre les informations liées aux soins et à l'accompagnement fait partie des compétences évaluées en stage. S'y entraîner dès la première période, c'est préparer directement ses évaluations en milieu professionnel.
Transmissions orales, écrites, ciblées : les trois formes à connaître
La transmission orale
Aux relais d'équipe (arrivée, changement de section, fin de journée) et aux retrouvailles avec les parents. Sa force est l'immédiateté et la nuance ; sa faiblesse, l'oubli et la déformation. D'où la règle d'or : ce qui est important se dit ET s'écrit.
La transmission écrite
Sur les supports de la structure : feuilles de rythme, cahiers ou tablettes de transmissions, selon les protocoles internes. On y consigne les faits en temps réel ou juste après : heures, quantités, durées, observations. Écriture lisible, datée, factuelle — jamais de jugement dans un document qui fait trace.
La transmission ciblée
Héritée du milieu de soins, elle structure l'information autour d'un point d'attention particulier : donnée (ce qu'on observe), actions (ce qu'on a fait), résultat (ce que ça a produit). Exemple : « L. tire son oreille droite et a pleuré au coucher (donnée) ; température 37,4 °C à 14 h, surveillance rapprochée, parents informés à 17 h (actions) ; sieste écourtée mais goûter pris normalement (résultat) ». En crèche, cette structure sert dès qu'une situation sort de l'ordinaire.
Que dire dans une transmission : la trame en 5 points
Pour une journée ordinaire, la transmission d'un enfant couvre systématiquement cinq domaines — c'est la colonne vertébrale de toutes les feuilles de rythme :
- Les repas : ce qui a été proposé, ce qui a été pris, en quantités concrètes (« 180 ml à 11 h 30 », « a mangé la moitié de son assiette, tout son fromage ») ; les refus éventuels, sans dramatiser.
- Le sommeil : heures de coucher et de lever, durée réelle, qualité de l'endormissement (« endormi en 10 minutes avec sa tétine », « sieste agitée, réveillé en pleurs »).
- Les changes et l'élimination : selles (présence, aspect si inhabituel), érythème débutant, change complet effectué à telle heure.
- L'état général et le comportement : tonus, humeur, interactions, jeux investis — avec des faits (« a beaucoup joué au toboggan avec R. », « plus grognon que d'habitude en fin de matinée »).
- Les événements particuliers : chute ou choc (même bénin, toujours transmis et tracé), température, médicament donné selon protocole, chagrin inhabituel, mais aussi les réussites — premiers pas, premier mot : les parents ne doivent pas les apprendre par hasard.
Exemple concret : une transmission réussie (et la même, ratée)
La version ratée, entendue mille fois : « Ça s'est bien passé, il a été mignon, il a bien mangé, il a bien dormi. » Aucune information exploitable : la collègue du soir ne sait ni quand il s'est réveillé, ni s'il faut avancer le biberon, ni quoi dire aux parents.
La version professionnelle, trente secondes de plus : « T., 14 mois. Repas de 11 h 15 : a tout mangé sauf les haricots, un yaourt entier. Sieste de 12 h 40 à 15 h 10, endormi vite. Selles normales au change de 15 h 20. Après-midi très gai, il a passé un long moment au coin livres avec moi — il tourne les pages tout seul maintenant. À signaler : petite chute sur les fesses dans le jardin à 16 h, il s'est relevé seul, pas de choc à la tête ; c'est noté sur la feuille et il faudra le dire aux parents. » Tout y est : les cinq domaines, des données précises, l'événement tracé, et même un détail vivant à raconter le soir.
Entraînez-vous à ce format dans votre cahier de stage : chaque soir, rédigez la transmission d'un enfant de votre section comme si vous la donniez. En deux semaines, la structure devient un réflexe — et vos observations y gagnent la même rigueur.
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La transmission du soir est un moment relationnel autant qu'informatif — quelques règles la rendent juste :
- Commencer par le positif et le vivant : une anecdote vraie de la journée avant les données de rythme. Les parents retiennent « elle a adoré la peinture ce matin » bien plus que la durée de la sieste — donnez les deux.
- Rester factuelle : décrire ce qui a été observé et fait, sans diagnostic (« il a semblé gêné en mangeant, nous avons surveillé » — pas « il doit faire une otite »).
- Choisir le bon cadre : un sujet sensible (morsure, comportement inhabituel répété) ne se traite pas debout entre deux portes ; il se transmet par la professionnelle référente, posément, parfois sur rendez-vous.
- En tant que stagiaire, connaître sa place : vous pouvez raconter le déroulé simple et positif de la journée si l'équipe vous y autorise, mais tout ce qui touche à la santé, à un incident ou à une inquiétude est transmis par la professionnelle. Le réflexe qui sauve : « je vous laisse voir ça avec Nathalie, la référente du groupe ». On détaille toutes ces situations dans « Comment parler avec les parents en crèche quand on est stagiaire ».
Les erreurs à éviter dans vos transmissions
- Les jugements et étiquettes : « il a été insupportable », « elle a fait un caprice » — on décrit des faits (« a pleuré à chaque séparation de la matinée »), jamais des verdicts sur l'enfant.
- Les interprétations présentées comme des faits : « il a mal aux dents » est une hypothèse ; « il mordille son anneau et a les joues rouges » est une observation. L'hypothèse se formule comme telle, à l'équipe.
- Le flou : « il a un peu mangé », « elle a dormi un moment ». Sans chiffres, l'information meurt en route.
- L'oubli du support écrit : une information dite mais non tracée disparaît avec le changement d'équipe — et n'existe plus en cas de besoin.
- Transmettre devant les autres familles : les informations concernant un enfant ne regardent que ses parents. La discrétion professionnelle s'applique au vestiaire comme au jardin — c'est l'un des marqueurs d'une posture professionnelle solide.
- Tout garder pour la fin : une information de sécurité (chute, fièvre) se transmet immédiatement à la responsable, pas au relais de 17 h.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une transmission ciblée en crèche ?
Une transmission structurée autour d'un point d'attention particulier, en trois temps : donnée (ce qu'on observe), actions (ce qu'on a fait), résultat (ce que ça a produit). On l'utilise dès qu'une situation sort de l'ordinaire — fièvre, chute, changement de comportement.
Une stagiaire peut-elle faire les transmissions aux parents ?
Cela dépend de l'équipe : souvent, une stagiaire peut raconter le déroulé simple et positif de la journée sous le regard d'une professionnelle. En revanche, tout ce qui touche à la santé, à un incident ou à une inquiétude est toujours transmis par la professionnelle référente. Demandez la règle de la structure dès les premiers jours.
Que faut-il écrire dans le cahier de transmissions ?
Des faits datés et chiffrés couvrant les cinq domaines : repas (quantités), sommeil (heures, durée), changes et selles, état général et comportement, événements particuliers (chute, température, médicament selon protocole). Jamais de jugement ni d'interprétation : l'écrit fait trace.
Comment transmettre un événement délicat, comme une morsure ?
Immédiatement à la responsable, factuellement à l'écrit, puis aux parents par la professionnelle référente, dans un cadre calme. La règle générale : on décrit les faits et ce qui a été fait (soin, surveillance, réconfort), sans désigner l'autre enfant impliqué — chaque famille ne reçoit que les informations qui concernent son enfant.
Pourquoi dit-on qu'« il a été sage » est une mauvaise transmission ?
Parce que c'est un jugement invérifiable qui ne transmet aucune information exploitable : ni repas, ni sommeil, ni état, ni événement. Une transmission utile est factuelle et chiffrée — elle permet à la personne qui prend le relais d'agir juste sans avoir vu la journée.
Sources : arrêté du 10 juin 2021 relatif à la formation conduisant au diplôme d'État d'auxiliaire de puériculture (Légifrance, JORFTEXT000043646217) — référentiel de formation, module 9 « Traitement des informations », transmission des informations liées aux soins et à l'accompagnement dans le cadre du travail en équipe pluriprofessionnelle ; évaluation des compétences en milieu professionnel. Informations vérifiées en juillet 2026. Les supports et protocoles de transmission (feuilles de rythme, outils numériques, qui parle aux familles) varient selon les structures : le règlement et les protocoles internes priment.
Pour aller plus loin
Bien transmettre suppose d'avoir les bons repères en tête : rythmes de l'enfant, paramètres à surveiller, vocabulaire professionnel. Nos fiches de révision des 10 modules condensent l'essentiel module par module — dont le module 9 sur les transmissions et le module 6 sur la relation et la communication — avec QCM corrigés pour s'auto-évaluer ; le Kit Découverte, offert en entier, permet de juger du format avant tout achat.
Objectif Petite Enfance
